Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
KurdesSud-Est et Est de l’Anatolie (Diyarbakır, Van, Hakkâri), grandes villes de l’Ouest comme IstanbulLes Kurdes, premier peuple non turc du pays (environ 15 à 20 % de la population), vivent dans ces montagnes depuis des siècles. Le traité de Lausanne (1923) a partagé le Kurdistan entre plusieurs États sans leur accorder le leur, et la jeune République a longtemps nié leur identité et interdit leur langue. Le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) a pris les armes en 1984 pour l’autonomie puis l’indépendance, au prix de plus de 40 000 morts. Il a annoncé sa dissolution en mai 2025, et le Parlement a voté en août 2026 une loi d’amnistie conditionnelle (468 voix contre 88), qui ne s’appliquera qu’une fois constaté le désarmement complet ; le sort du chef emprisonné Abdullah Öcalan reste flou. Certains analystes y voient aussi un calcul d’Erdoğan : gagner l’appui du parti pro-kurde DEM pour réformer la Constitution.
Réfugiés syriensProvinces frontalières (Hatay, Gaziantep, Şanlıurfa) et IstanbulDepuis 2011, la Turquie a accueilli jusqu’à environ 3,6 millions de Syriens, la plus grande population de réfugiés du monde, venus par la frontière commune de plus de 900 km. Après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, environ 723 000 sont rentrés selon le ministère turc de l’Intérieur (août 2026), mais environ 2,2 millions restent. Beaucoup ont des enfants nés en Turquie et peu d’attaches en Syrie. Leur présence nourrit le ressentiment, surtout en période de crise économique, et la plupart des partis promettent des retours.
AlévisAnatolie centrale et orientale, quartiers populaires d’Istanbul et d’AnkaraLes Alévis, courant musulman distinct du sunnisme officiel, représentent sans doute 10 à 20 % de la population (les chiffres sont discutés). Leurs lieux de culte, les cemevi, n’ont longtemps pas eu de reconnaissance légale, et les massacres de Maraş (1978) et de Sivas (1993) restent dans toutes les mémoires. L’enjeu est celui d’une égalité religieuse dans un État dont la direction des affaires religieuses ne finance que l’islam sunnite.
Opposition laïque et kémalisteIstanbul, Izmir, Ankara, côtes de l’Égée et de la MéditerranéeHéritière de Mustafa Kemal Atatürk, la gauche laïque du CHP a gagné les grandes villes aux municipales de 2024. Son maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, principal rival d’Erdoğan, est emprisonné depuis mars 2025 dans un procès géant (plus de 400 accusés). En mai 2026, une cour d’appel a annulé le congrès de 2023 du CHP et réinstallé l’ancien chef Kılıçdaroğlu à sa tête ; Özgür Özel a dénoncé un « coup judiciaire ». Le pouvoir réel est concentré dans la présidence d’Erdoğan et l’alliance AKP-MHP ; l’armée, longtemps arbitre, a été remise au pas après la tentative de coup d’État de 2016.
Arméniens, Grecs et autres chrétiensIstanbul surtout, quelques villages du Sud-EstL’Empire ottoman comptait des millions de chrétiens ; il n’en reste que quelques dizaines de milliers. Le génocide arménien de 1915 (que la Turquie refuse de qualifier ainsi), l’échange de populations gréco-turc de 1923 et les violences d’Istanbul en 1955 ont vidé la communauté. C’est un héritage encore actif : la reconnaissance du génocide empoisonne les relations avec l’Arménie et plusieurs États occidentaux.
Diaspora turque d’EuropeAllemagne surtout, France, Pays-Bas, BelgiquePartis comme travailleurs invités à partir des années 1960, notamment en Allemagne, beaucoup se sont installés durablement avec leurs familles. Ils forment aujourd’hui plusieurs millions de personnes, souvent de nationalité européenne. Ankara cherche à garder leur lien politique par les mosquées, les associations et les médias, et leur vote pèse dans les scrutins turcs.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.