Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
Four, Massalits, Zaghawas (Darfour)Darfour : El-Fasher, El-GeneinaCes peuples non arabes d’agriculteurs et d’éleveurs vivent depuis des siècles au Darfour, ancien sultanat indépendant annexé par les Britanniques en 1916, puis laissé à l’écart par Khartoum. Ils ont été visés dès 2003 par les milices janjawids, appuyées par Khartoum, dans une guerre qualifiée de génocide par certains pays. Depuis 2023, ils sont de nouveau pris pour cibles, avec des massacres à El-Geneina (peuple massalit) et la chute d’El-Fasher le 26 octobre 2025, après dix-huit mois de siège. L’ONU (Organisation des Nations unies) y a décrit des crimes de guerre, et des enquêteurs de l’ONU ont relevé en septembre 2026 des traits d’un génocide. Une partie des chefs zaghawas, dont le peuple vit aussi au Tchad, combat désormais aux côtés de l’armée.
Arabes baggaras et RizeigatsDarfour du Sud et de l’Ouest, KordofanÉleveurs nomades arabes, ils ont été armés par l’État dans les années 2000 comme supplétifs contre les rebelles du Darfour. Les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, sont issues de ces milices. Leur recrutement repose sur des solidarités tribales, qui s’étendent jusqu’au Tchad et au Niger, et sur la promesse de terres et de butin. Hemedti s’est proclamé chef d’un gouvernement parallèle installé à Nyala (alliance dite Tasis) en 2025, en rivalité avec le gouvernement de l’armée.
Élites arabes du Nil (Jaalin, Shaigiya, Danagla)Khartoum et vallée du NilCes communautés arabisées de la vallée du Nil ont dominé le pouvoir, l’armée et l’économie depuis l’indépendance de 1956, héritant de l’État bâti par les Britanniques et d’une longue tradition marchande qui a compris la traite d’esclaves, menée au XIXe siècle dans le Sud et les monts Nouba. Les périphéries, du Darfour au Sud, estiment depuis toujours être traitées comme des réservoirs de main-d’œuvre et de terres. Aujourd’hui, l’armée du général Burhan, qui a repris Khartoum en mars 2025, repose sur ces réseaux et, selon plusieurs analystes, sur d’anciens islamistes du régime d’Omar el-Béchir, revenus dans le jeu.
Nouba et peuples du Kordofan et du Nil BleuMonts Nouba (Kadugli), Kordofan du Sud, Nil BleuLes Nouba et d’autres peuples du Sud-Kordofan et du Nil Bleu ont combattu Khartoum pendant des décennies, avec le mouvement SPLM-Nord, resté au nord après la sécession du Soudan du Sud en 2011. Leur chef Abdelaziz al-Hilu s’est allié aux RSF (Forces de soutien rapide) dans l’alliance Tasis en 2025. La famine a été déclarée à Kadugli en novembre 2025, et les combats se concentrent désormais dans cette zone, au Kordofan et au Nil Bleu.
Déplacés et réfugiés de la guerre de 2023Port-Soudan, Égypte, Tchad, Soudan du Sud, ÉthiopieLa guerre entre l’armée et les RSF (Forces de soutien rapide), commencée en avril 2023, a provoqué l’une des plus grandes crises de déplacement du monde : environ 8,6 millions de déplacés dans le pays (OIM, septembre 2026) et environ 3,8 millions de réfugiés à l’étranger à la fin de 2025, dont plus d’1,3 million au Tchad et plus de 800 000 en Égypte. Beaucoup vivent dans des camps ou dans des villes sans services. Une famine a été déclarée à El-Fasher et à Kadugli fin 2025, attribuée aux sièges et aux blocages d’aide, et près de 20 millions de personnes sont en grave insécurité alimentaire. Les drones ont causé environ 1 100 des 1 400 morts civils recensés par l’ONU (Organisation des Nations unies) au premier semestre 2026.
Béjas et NubiensEst : mer Rouge ; nord : vallée du NilLes Béjas, peuple de l’Est, réclament depuis longtemps un meilleur partage des revenus et des services dans une région qui abrite le port stratégique de Port-Soudan. Les Nubiens, au nord, ont perdu des terres avec la construction de barrages sur le Nil. Ces deux peuples, souvent marginalisés par Khartoum, s’expriment par des blocages et des revendications politiques.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.