Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
Russes ethniquesMoscou, Saint-Pétersbourg, Russie centrale et provincialeIls forment environ les trois quarts de la population. Le pouvoir réel est concentré autour de Vladimir Poutine, en place depuis 2000, et d’un cercle de « siloviki », issus des services de sécurité et de l’armée (FSB, ministère de la Défense, Conseil de sécurité), qui arbitrent les grandes décisions. Les oligarques des années 1990 ont gardé leur fortune à condition de rester loyaux ; depuis 2022, l’État a repris ou fait saisir plusieurs entreprises. Les contre-pouvoirs sont presque inexistants : opposants emprisonnés, exilés ou morts (Alexeï Navalny, en prison, en février 2024), médias contrôlés. Aux élections à la Douma de septembre 2026, le parti du Kremlin, Russie unie, a annoncé un score record dans un scrutin sans opposition réelle. La guerre pèse surtout sur les régions pauvres, qui fournissent l’essentiel des soldats.
Tatars et BachkirsTatarstan (Kazan), Bachkortostan (Oufa), région de la Volga et de l’OuralPeuples turcophones, en grande partie musulmans, intégrés à l’Empire russe à partir de la conquête de Kazan en 1552. Ils sont restés sur leurs terres, devenues des républiques autonomes au sein de la Fédération de Russie, avec leurs propres langues officielles et leurs élites locales. Moscou négocie depuis les années 1990 un équilibre entre autonomie culturelle et contrôle central, qui s’est resserré sous Vladimir Poutine : le Tatarstan a perdu son traité spécial, et l’enseignement obligatoire des langues locales a été supprimé. Ces régions fournissent aussi une part importante des soldats et du pétrole du pays.
Bouriates, Touvains et peuples de SibérieBouriatie, Touva, Iakoutie et autres régions de Sibérie et d’Extrême-OrientPeuples d’éleveurs et de chasseurs d’origine mongole, turque ou sibérienne, soumis par la Russie à partir du XVIIe siècle, à l’époque de la ruée vers les fourrures. Ils vivent dans des régions pauvres, loin de Moscou, souvent riches en ressources dont les revenus remontent surtout vers la capitale. Selon des décomptes indépendants, ces régions comptent parmi celles qui ont fourni proportionnellement le plus de soldats à la guerre en Ukraine, ce qui nourrit un ressentiment sourd contre le centre.
Tchétchènes et peuples du Caucase du NordTchétchénie, Daghestan, Ingouchie, Ossétie du NordConquis par l’Empire russe au XIXe siècle après de longues guerres, déportés en masse par Staline en 1944 vers l’Asie centrale, ils sont revenus dans les années 1950. Deux guerres, de 1994 à 1996 puis à partir de 1999, ont opposé la Tchétchénie indépendantiste à Moscou et ont fait des dizaines de milliers de morts. Depuis, Moscou s’appuie sur un pouvoir local fidèle, celui de la famille Kadyrov, en échange de fonds fédéraux et d’une large autonomie de fait ; les unités tchétchènes combattent en Ukraine. La santé de Ramzan Kadyrov fait l’objet de rumeurs persistantes, non confirmées, et sa succession, que le Kremlin devra trancher, reste ouverte : l’un de ses fils, d’autres proches ou un homme de Moscou sont cités. Des Tchétchènes forment aussi une diaspora en Europe, notamment en France et en Autriche.
Migrants d’Asie centraleMoscou, Saint-Pétersbourg, grandes villes et chantiers du paysDes millions d’Ouzbeks, de Tadjiks et de Kirghiz travaillent en Russie, héritage de l’ancien espace soviétique où circulaient librement les populations. Ils viennent parce que les salaires russes dépassent de loin ceux de leurs pays d’origine et que les transferts d’argent font vivre leurs familles. Leur présence nourrit une pression nationaliste interne, qui s’est accentuée après l’attentat de la salle Crocus à Moscou en mars 2024, suivi de contrôles et d’expulsions plus durs. Elle donne aussi à Moscou un levier sur les États d’Asie centrale, très dépendants de ces envois.
Russes et russophones de l’étrangerPays baltes, Ukraine, Kazakhstan, Allemagne, Israël, États-UnisAprès l’effondrement de l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) en 1991, des millions de Russes se sont retrouvés hors de Russie sans avoir bougé, leurs républiques devenant indépendantes. Moscou invoque leur protection pour justifier son influence, voire ses interventions, dans ce qu’il appelle l’étranger proche. Une nouvelle vague d’exil, surtout de jeunes diplômés, a suivi la mobilisation de septembre 2022 et la guerre en Ukraine, vers la Géorgie, l’Arménie, la Turquie ou l’Europe.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.