Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
HaoussasSud : Maradi, Zinder, Tahoua, NiameyLes Haoussas forment le groupe le plus nombreux, plus de la moitié de la population selon les estimations, et vivent aussi dans le nord du Nigeria voisin, héritage de frontières coloniales qui ont coupé en deux leurs terres et leur ancien monde commercial. Leurs liens commerciaux et familiaux de part et d’autre de la frontière sont très forts, et les sanctions de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) contre Niamey en 2023-2024 (levées en février 2024) ont frappé de plein fouet les commerçants de Maradi et de Zinder. Ils pèsent dans l’économie, mais le pouvoir politique a souvent été partagé avec d’autres groupes, comme les Zarmas à Niamey.
Zarma-Songhaïs et Peuls de l’OuestNiamey, Dosso, Tillabéri (frontière du Mali et du Burkina)Les Zarma-Songhaïs, deuxième groupe du pays, sont très présents dans l’administration et l’armée à Niamey. À l’ouest, dans la région de Tillabéri, ils vivent aux côtés des Peuls et des Touaregs daoussahak, dans la zone dite des trois frontières où opèrent l’État islamique au Sahel et le JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans). Les attaques y sont meurtrières, contre les camps militaires (Inatès en 2019) comme contre les villages (Tchoma Bangou en 2021), et les rancœurs entre communautés, nourries par des milices locales et les soupçons collectifs envers les Peuls, compliquent le retour à la paix.
TouaregsNord : Agadez, Aïr, TahouaLes Touaregs sont des nomades du Sahara, à cheval sur le Niger, le Mali, l’Algérie et la Libye. Ils ont mené des rébellions dans les années 1990 et 2000, apaisées par des accords de paix et une intégration partielle à l’État, et un petit mouvement armé, le Front patriotique de libération, est apparu après le coup d’État de 2023. Ils vivent des caravanes, du tourisme, de l’orpaillage et, de plus en plus, du transport de migrants, une économie bouleversée par la loi de 2015 puis son abrogation en 2023. Leurs terres sont riches en uranium (Arlit, Aïr), mais ils estiment en avoir peu profité.
Kanouris et déplacés du bassin du lac TchadRégion de Diffa, sud-estDepuis 2015, la violence de Boko Haram et de sa scission ISWAP (État islamique en Afrique de l'Ouest), venues du Nigeria voisin, a poussé des centaines de milliers de personnes à fuir vers Diffa, parmi lesquelles des Nigérians, mais aussi des Nigériens déplacés. Les Kanouris, peuple présent des deux côtés de la frontière, partagent leurs terres avec ces déplacés, qui vivent dans des camps et chez des habitants déjà très pauvres. Les pêcheurs, éleveurs et cultivateurs de la zone ont perdu leurs moyens de subsistance.
Migrants en transitAgadez, route vers la Libye et l’AlgérieAgadez est depuis longtemps la porte du Sahara pour les Africains de l’Ouest qui cherchent du travail au Maghreb ou en Europe. L’Union européenne a financé une politique de blocage de ce passage à partir de 2015, qui a ruiné de nombreux passeurs et transporteurs touaregs. Le Niger a abrogé cette loi en 2023, ce qui a rouvert la route et fait perdre à l’Europe un levier sur Niamey. L’Algérie expulse par ailleurs chaque année des dizaines de milliers de migrants vers le Niger, à la frontière désertique d’Assamaka.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.