Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
TouaregsNord : Kidal, Tombouctou, Gao (Azawad)Les Touaregs, peuple nomade berbérophone du Sahara, se retrouvent répartis entre cinq pays depuis les frontières coloniales. Ils se sont soulevés en 1963, 1990, 2006 et 2012 pour réclamer l’autonomie de l’Azawad et un développement du Nord délaissé, mais ils sont aussi divisés entre eux (nobles ifoghas de Kidal, tribus dites vassales comme les Imghad). La rébellion de 2012 a été vite dépassée par les jihadistes, d’où l’intervention française de 2013 et l’accord d’Alger de 2015, que Bamako a dénoncé en janvier 2024 après la reprise de Kidal par l’armée et Wagner. Regroupés depuis 2024 dans le Front de libération de l’Azawad (FLA), les rebelles se sont alliés au JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) en avril 2026 et ont pris Kidal, que l’armée et les Russes ont reconquise le 6 octobre 2026, le FLA parlant d’un « repli stratégique ». Les deux camps donnent des versions contradictoires et la situation reste très mouvante.
PeulsCentre : Mopti, Ségou ; nord et sud-estÉleveurs semi-nomades présents dans tout le Sahel, les Peuls sont pris en étau dans le centre du Mali entre agriculteurs, milices d’autodéfense, groupes jihadistes et armée. La Katiba Macina d’Amadou Koufa, branche du JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), recrute parmi eux en exploitant leur sentiment d’abandon et les conflits sur les pâturages, ce qui conduit l’armée et ses alliés à les soupçonner collectivement. Les massacres se sont enchaînés : Ogossagou en 2019, puis Moura en mars 2022, où l’ONU (Organisation des Nations unies) a rapporté environ 500 exécutions par l’armée malienne et des soldats étrangers, identifiés par de nombreuses sources comme des hommes de Wagner. Les Peuls sont ainsi victimes à la fois des jihadistes, des milices et de l’armée.
Dogons et agriculteurs du centrePlateau de Bandiagara, région de MoptiLes Dogons, agriculteurs réputés pour leur culture et leurs falaises, se disputent terres et points d’eau avec les éleveurs peuls depuis longtemps. En 2016, face aux jihadistes, ils ont créé la milice Dan Na Ambassagou, accusée de massacres de villageois peuls, ce qui a nourri la spirale de vengeances. Aujourd’hui, de nombreux villages dogons sont encerclés par les combattants du JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), qui imposent des blocus, des taxes ou des pactes locaux. Le tourisme, longtemps vital pour le pays dogon, s’est effondré.
Songhaïs et Arabes du fleuveGao, Tombouctou, boucle du NigerLes Songhaïs, héritiers de l’ancien empire de Gao, sont le peuple sédentaire principal du nord-est du pays, aux côtés de communautés arabes très actives dans le commerce et la contrebande. Craignant de se retrouver dominés par les Touaregs, ils ont formé dès les années 1990 des milices, comme Ganda Koy. Pris aujourd’hui entre l’armée, le FLA et les jihadistes, ils vivent dans des villes dont le contrôle est disputé, comme Gao, dont le contrôle a été contesté lors de l’offensive d’avril 2026.
Bambaras, Soninkés et diaspora malienneSud, Bamako, Kayes ; France, Côte d’IvoireLes Bambaras forment le groupe le plus nombreux, au sud, tandis que les Soninkés de la région de Kayes ont émigré en masse vers la France depuis les années 1960. Leurs transferts d’argent soutiennent des villages entiers et pèsent plusieurs points de PIB (produit intérieur brut). Le pouvoir réel est concentré à Bamako et dans la garnison de Kati, entre les mains d’un petit cercle d’officiers autour du général Assimi Goïta. Les partis ont été dissous en 2025 et une loi lui donne un mandat de cinq ans renouvelable, sans élection. Il a repris lui-même le ministère de la Défense après la mort de Sadio Camara en avril 2026.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.