Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
Jordaniens d’origine palestinienneAmman, Zarqa, Irbid, camps de réfugiésUne grande partie des Jordaniens, probablement plus de la moitié, a des origines palestiniennes, après les exodes de 1948 et de 1967. La Jordanie a annexé la Cisjordanie en 1950 et leur a donné la nationalité, ce qui est rare dans la région. Ils pèsent lourd dans le commerce et le secteur privé, mais beaucoup moins dans l’armée, les services de sécurité et la haute fonction publique, et le découpage électoral les désavantage. Le « Septembre noir » de 1970, quand l’armée a écrasé les combattants de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), reste le souvenir qui structure cette méfiance, et beaucoup redoutent que la Jordanie devienne une « patrie de substitution » si des Palestiniens étaient poussés hors de Cisjordanie.
Bédouins et tribus de la rive EstSud et Est du pays (Karak, Maan, Badia)Les grandes tribus sont le socle de la monarchie hachémite, installée par les Britanniques en 1921 avec l’émirat de Transjordanie puis devenue indépendante en 1946. Elles fournissent une grande part des officiers, des soldats et des fonctionnaires, et le roi, qui commande l’armée et les services de renseignement, reste le vrai détenteur du pouvoir, loin devant un Parlement faible. Ces tribus s’estiment parfois désavantagées par la place économique des citadins d’origine palestinienne, et leurs protestations (chômage, corruption) sont surveillées de près par le palais.
Frères musulmans et opposition islamisteAmman, Zarqa, Irbid, camps palestiniensLes Frères musulmans, présents depuis les années 1940, forment le principal courant d’opposition organisé. Leur bras politique, le Front d’action islamique, a obtenu environ 31 sièges sur 138 aux élections de septembre 2024, une poussée portée par la colère contre la guerre à Gaza. En avril 2025, après l’arrestation de 16 personnes accusées d’avoir préparé des attaques avec des armes et des explosifs, le ministère de l’Intérieur a interdit les activités de la confrérie, fermé ses locaux et saisi ses biens ; elle nie toute implication. Le parti, lui, n’a pas été dissous, et des analystes se demandent si cette décision visait aussi à rassurer des partenaires comme Israël et l’Arabie saoudite.
Réfugiés syriensCamp de Zaatari, Mafraq, Irbid, AmmanDepuis 2011, la Jordanie a accueilli plus de 600 000 réfugiés syriens enregistrés, dont une partie dans des camps comme Zaatari. L’aide internationale s’est tarie, et leur accès au travail est limité. Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, plusieurs dizaines de milliers seraient repartis, selon l’ONU (Organisation des Nations unies), mais la plupart restent, faute de logement et de sécurité en Syrie.
Réfugiés irakiensAmmanAprès l’invasion américaine de 2003, des centaines de milliers d’Irakiens, souvent de classe moyenne, se sont installés en Jordanie. Une partie est repartie, d’autres sont restés en l’absence de perspective de stabilité. Le pays est donc un refuge régional depuis plus de vingt ans, ce qui pèse sur ses services publics.
Circassiens, Tchétchènes et chrétiensAmman, Zarqa, Madaba, SaltLes Circassiens et les Tchétchènes, venus du Caucase après les conquêtes russes du XIXe siècle et accueillis par l’Empire ottoman, sont de petites minorités très liées à la Cour : beaucoup servent dans la garde royale et les services de sécurité. Les chrétiens, environ 2 % de la population, vivent surtout à Amman, Madaba et Salt. Ces trois groupes disposent de sièges réservés au Parlement, un moyen pour la monarchie de s’assurer des alliés loyaux.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.