Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
Arabes chiitesSud et centre du pays (Bassorah, Nadjaf, Kerbala, Bagdad)Environ 60 % de la population, concentrés autour des villes saintes du chiisme. Longtemps tenus à l’écart du pouvoir sous Saddam Hussein, ils dominent l’État depuis l’invasion américaine de 2003, par l’intermédiaire du « Cadre de coordination », l’alliance des partis chiites, dont plusieurs sont proches de l’Iran. Après les élections de novembre 2025, ce bloc a imposé Ali al-Zaidi comme Premier ministre (investi le 14 mai 2026 après six mois de blocage), mais le Parlement n’a validé que 14 ministres sur 23 ce jour-là, et le gouvernement n’a été complété qu’en octobre. Le vrai contre-pouvoir moral reste l’ayatollah Ali al-Sistani, à Nadjaf, dont la parole peut déclencher ou stopper une crise.
Milices et Hachd al-ChaabiBagdad, Sud, Ninive, frontière syrienneLes Unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi), créées en 2014 pour combattre Daech et intégrées à l’État en 2016, rassemblent des dizaines de milliers d’hommes payés par le budget irakien. Certaines factions, comme Kataëb Hezbollah, Nujaba ou la Brigade Badr, sont armées et conseillées par l’Iran et pèsent aussi dans l’économie et au Parlement. Depuis le début de la guerre contre l’Iran, le 28 février 2026, des centaines d’attaques de drones et de roquettes (environ 300 selon un centre de recherche) ont visé l’ambassade américaine, le centre logistique de l’aéroport de Bagdad et surtout le Kurdistan ; les États-Unis et Israël ont frappé plusieurs de ces groupes. Les désarmer ou les intégrer vraiment reste, selon plusieurs analystes, le dossier central de Washington et du nouveau gouvernement, et il n’est pas réglé.
Arabes sunnitesOuest et Nord (Anbar, Mossoul, Tikrit)Environ un cinquième de la population, au pouvoir sous Saddam. Depuis 2003, un partage tacite des postes (« muhasasa ») réserve la présidence du Parlement aux sunnites, la présidence de la République aux Kurdes et le poste de Premier ministre aux chiites. Beaucoup se sont sentis exclus, ce qui a favorisé l’insurrection puis la montée de Daech en 2014. La reconstruction des villes détruites pendant la guerre contre Daech (comme Mossoul) reste incomplète.
KurdesRégion autonome du Kurdistan (Erbil, Souleimaniyeh, Dohouk) et KirkoukEnviron 15 à 20 % de la population, avec une région autonome reconnue par la Constitution de 2005, après des décennies de répression (dont le massacre d’Halabja en 1988). La région est en réalité partagée entre deux familles et deux zones : le Parti démocratique du Kurdistan des Barzani (Erbil, Dohouk) et l’Union patriotique du Kurdistan des Talabani (Souleimaniyeh), avec chacun ses propres peshmergas, et malgré des élections en octobre 2024, ils n’avaient toujours pas formé un nouveau gouvernement régional en septembre 2026. Bagdad et Erbil se disputent les revenus du pétrole, les salaires versés aux fonctionnaires kurdes et Kirkouk, ville riche en hydrocarbures où l’article 140 de la Constitution, censé organiser un référendum, n’a jamais été appliqué. Le Kurdistan a été la cible principale des attaques liées à la guerre de 2026 : aéroport d’Erbil, base de Harir, et, le 28 mars, la maison du président régional Nechirvan Barzani à Dohouk.
Yézidis, chrétiens et minoritésSinjar (yézidis), plaine de Ninive (chrétiens)Les Yézidis, minorité religieuse kurdophone, ont subi un génocide commis par Daech en 2014 ; beaucoup sont encore déplacés. À Sinjar, une zone disputée entre Bagdad, Erbil et des groupes liés au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), un accord de 2020 n’a été que partiellement appliqué. Les chrétiens, présents depuis les premiers siècles, ont vu leur nombre s’effondrer depuis 2003, passant de plus d’un million à quelques centaines de milliers ou moins. Leur sécurité et le retour des déplacés restent des enjeux ouverts.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.