Qui vit où, depuis quand, et pourquoi : les groupes qu'il faut connaître pour comprendre le pays.
CatalansCatalogne (Barcelone, Gérone, Tarragone, Lérida)La Catalogne a eu longtemps ses propres institutions, supprimées par Philippe V en 1714 ; sous Franco, sa langue et sa culture ont été interdites. Riche et industrielle, elle s’estime lésée par les transferts vers le reste du pays, et le référendum d’indépendance de 2017, jugé illégal par Madrid, a mené à la prison de dirigeants et à l’exil de Carles Puigdemont. Une amnistie a été votée en 2024 en échange des voix de Junts ; début octobre 2026, le Tribunal constitutionnel a jugé qu’elle couvre aussi le détournement de fonds sans enrichissement personnel, ce qui ouvre, selon la presse catalane, la voie au retour de Puigdemont. Mais Junts a rompu avec Pedro Sánchez fin 2025 et bloque ses lois : privé de budget depuis 2023, le Premier ministre socialiste a convoqué des élections anticipées pour le 29 novembre 2026, où le PP et Vox pourraient, selon les sondages, atteindre ensemble la majorité absolue.
BasquesPays basque, NavarrePeuple de langue non indo-européenne, installé depuis des millénaires de part et d’autre des Pyrénées, qui a longtemps gardé des privilèges propres, les fueros. Sous Franco, leur langue a été réprimée, et c’est dans ce contexte que l’organisation armée ETA est née en 1959. Elle a tué plus de 800 personnes avant de déposer les armes en 2011 et de se dissoudre en 2018. Le Pays basque collecte ses propres impôts et son parti modéré, le PNV, comme la gauche indépendantiste Bildu, comptent parmi les appuis parlementaires dont les gouvernements de Madrid ont besoin.
Habitants de Ceuta et MelillaCeuta et Melilla (côte nord du Maroc)Ces deux villes, d’environ 85 000 habitants chacune, sont espagnoles depuis le XVe et le XVIIe siècle et forment la seule frontière terrestre de l’Union avec l’Afrique. Le Maroc les revendique et n’a jamais reconnu la souveraineté espagnole, tout en les gardant en réserve comme levier. En mai 2021, des milliers de personnes sont entrées à Ceuta lors d’une crise avec Rabat ; fin juillet 2026, une nouvelle entrée massive par la mer a mobilisé l’armée, avec des chiffres très divergents selon les sources et, d’après la presse, une grande partie des personnes renvoyées ou revenues au Maroc.
GibraltariensGibraltar (sud de l’Andalousie)Environ 34 000 habitants vivent sur ce territoire britannique cédé par l’Espagne en 1713 par le traité d’Utrecht. Ils ont refusé par référendum, en 1967 puis en 2002, tout passage sous souveraineté espagnole ou partagée, tandis que Madrid, qui en fait une question de décolonisation, réclame le Rocher. Un traité entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, signé le 14 juillet 2026 et appliqué provisoirement depuis le lendemain, supprime les contrôles à la frontière terrestre et rattache Gibraltar à Schengen et à l’union douanière ; le gouvernement espagnol affirme que sa position sur la souveraineté n’en est pas changée.
Latino-AméricainsMadrid, Barcelone, Valence, Îles CanariesDes Équatoriens, Colombiens, Argentins, Vénézuéliens et Péruviens sont venus massivement depuis les années 1990, attirés par la langue commune et par la croissance de l’économie espagnole. Les crises économiques et politiques en Amérique latine, comme celles de l’Argentine en 2001 ou du Venezuela, ont renforcé les arrivées. Ils sont en première ligne dans l’aide à domicile et la restauration, et leur nationalité peut s’obtenir plus vite grâce à des accords historiques.
Marocains et migrants africainsCatalogne, Andalousie, Murcie, Canaries, Ceuta et MelillaLes Marocains forment la première communauté étrangère d’origine non européenne, venus à partir des années 1980 pour l’agriculture intensive, comme les serres d’Almería. Des migrants d’Afrique de l’Ouest tentent de traverser vers les Canaries, par l’Atlantique, ou vers les enclaves de Ceuta et Melilla. Les arrivées dépendent des accords de contrôle avec le Maroc et la Mauritanie, et une régularisation exceptionnelle de sans-papiers, décidée par décret au printemps 2026 avec des demandes jusqu’au 30 juin, est combattue par le PP et par Vox, qui progresse dans les régions.
Rédaction GeoMedjay, en cours de relecture.